Le 25ème colloque en Flandre française

26 10 2011

Dunkerque

La Flandre française a accueilli durant 3 jours (22, 23 et 24 octobre) le 25ème colloque national de la Fédération pour les Langues Régionales dans l’Enseignement Public (FLAREP).

Organisé tour à tour dans une des régions de France métropolitaine ou d’Outre-mer, le colloque de la FLAREP est l’occasion de faire un bilan de l’enseignement des langues régionales et notamment de leur enseignement bilingue, c’est-à-dire non seulement d’un enseignement de langues régionales mais surtout en langue régionale. L’escale flamande de la fédération a notamment permis à ses membres  d’entendre la situation de l’enseignement du flamand en France et aussi de donner son avis sur ce que doit être un enseignement capable  de régénérer un patrimoine linguistique et de donner de véritables atouts éducatifs à ses apprenants.

En partenaire organisateur, c’est l’Institut de la Langue Régionale Flamande, son président Jean Paul Couché et les membres du bureau qui furent les hôtes de ce 25ème colloque. Les congressistes ont pu apprécier un programme dense avec de nombreux intervenants. Débutant dans l’un des amphithéâtres de l’Université du Littoral à Dunkerque, le colloque s’est poursuivi dans les salles de réunion de l’Escale, sur le site des anciens Chantiers de France, pour se rendre ensuite à l’Hôtel de ville de Bergues ainsi qu’à La Panne (Belgique). Et il s’est achevé dans les locaux de l’Hôtel de Région à Lille par une suite d’échanges nourris pendant près de 3 heures entre les intervenants et le public.

François Maitia, président de l’Office Public de la Langue Basque

Pendant ce colloque, un premier volet consacré à la mise en œuvre des politiques linguistiques régionales a permis  d’entendre François Maitia – président de l’Office Public de la Langue Basque et vice-président du Conseil Régional d’Aquitaine, Pierre Ghionga – conseiller exécutif chargé de la langue et de la culture Corses et conseiller général de la Haute Corse et Paul Molac – président du Centre Culturel de Bretagne. Tous trois affichèrent un inventaire des mesures prises au sein de leurs régions qui démontrent une véritable volonté de promouvoir leurs langues régionales sous tous ses aspects et dont les moins ambitieux s’avèrent déjà être audacieux au regard de ce qui est entrepris dans notre région en direction de nos langues picardes et flamandes. Puis Guilhem Latrubesse, vice-président du Conseil Régional Midi-Pyrénées et délégué aux Affaires Occitanes apporta également son éclairage sur l’action de sa région en matière de promotion de l’Occitan et se dit prêt à nouer des ponts avec ses collègues du Nord-Pas-de-Calais sur la promotion de leurs langues. Richard Weiss – président fondateur d’ABCM Zweigsprachigkeit, expliqua la situation alsacienne et ses craintes devant un recul du quota horaire de l’enseignement de l’allemand dans les cursus bilingues malgré une forte demande d’emplois transfrontaliers en Allemagne.

 

Et le flamand dans tout ça ?

Député Jean-Pierre Decool, membre fondateur de l’Institut de la Langue Régionale Flamande

Sénateur Jacques Legendre, défenseur de la francophonie… et du flamand

Bien évidemment un accent tout particulier fut mis tout au long du colloque sur la situation de l’enseignement du flamand occidental, langue régionale reconnue depuis 1999 par le Ministère de la Culture (DGLFLF) et enseignée dans plusieurs écoles de Flandre française tout en ne bénéficiant pas d’une équivalence de statut par le ministère de l’Education nationale avec les autres langues de France. Jean Paul Couché expliqua la situation et les enjeux du flamand en France en zone frontalière, mettant en avant l’incompréhension des parents d’élèves devant l’inaction des Pouvoirs Publics sur ce sujet alors que le taux de chômage est de 12 % dans le département contre 5 % en Flandre Occidentale belge et que la langue flamande est l’un des vecteurs de communication demandés par nos voisins pour embaucher au sein de leurs entreprises. Jean Louis Marteel, ancien enseignant à l’ULCO, expliqua les relations du flamand au néerlandais et leurs caractéristiques propres et Alain Dawson, docteur en linguistique, revint sur l’intérêt culturel et aussi les difficultés rencontrées par le flamand et le picard pour un enseignement propre. Clément  Flouroux, chargé de mission d’OC-BI (association de parents et d’enseignants pour l’enseignement de l’occitan en écoles bilingues publiques) expliqua aux parents et enseignants de Flandre, lors d’un atelier animé par Frédéric Devos, enseignant de flamand en écoles publiques primaires, comment créer une classe bilingue et quel en est son intérêt, atelier fort apprécié par les participants. Leslie Verpoorte chargé des relations publiques du Dialectgenootschap Bachten de Kupe, reçut les congressistes à la Panne et fit le point de l’état du flamand occidental en Flandre belge et de l’état de la revendication pour son enseignement scolaire et professionnel. Les participants apprirent avec surprise que les Flamands belges voient le flamand de France comme la source la plus pure du flamand occidental car non impacté de termes néerlandais comme c’est le cas dans son pays. Les cours pour adultes y sont souvent l’occasion de réapprendre les termes originels supplantés mais encore en usage en France.

 

Le soutien des élus ?

De gauche à droite : Marc Bron – président de l’Association des Enseignants de Savoyard, Jean Paul Couché – président de l’Akademie voor Nuuze Vlaemsche Taele, Michel Delebarre – ancien ministre et sénateur-maire de Dunkerque, Thierry Delobel – président de la FLAREP et d’Ikas-Bi et Paul Molac – président du Centre Culturel de Bretagne et de Div Yez

Le colloque 2011 de la FLAREP débuta une journée après que la Région-Nord-Pas-de-Calais ne rejette la motion proposée par Europe Ecologie s’intitulant « Agir en faveur des Langues Régionales ». Ce fut l’incompréhension totale des autres régions de France présentes au colloque et notamment des élus socialistes de constater que leur collègues de la région septentrionale s’affichent contre le flamand et le picard. Ce qui fit dire en tribune au conseiller régional socialiste basque François Maitia qu’il fallait avancer sur le sujet et qu’il se serait permis de prendre contact avec ses collègues socialistes du NPdC pour évoquer le sujet avec eux.

Malgré le coup de froid donné par le rejet de la motion vendredi 21, de nombreux élus nordistes avaient fait le déplacement pour soutenir la cause du flamand et affirmer haut et fort  qu’il fallait qu’il soit enfin reconnu et enseigné par l’Education Nationale. Ce fut le cas de

  • Jacques Legendre (UMP) – ancien ministre, sénateur et encore récemment président de la commission culture et éducation au Sénat, grand défenseur de la langue française (rapporteur de la loi Toubon) et néanmoins soutien indéfectible du flamand et du picard
  • Jean-Pierre Decool (apparenté UMP) – député du Nord et membre fondateur de l’Institut de la Langue Régionale Flamande
  • Michel Delebarre (PS) – ancien ministre et sénateur maire de Dunkerque, qui a précisé que l’ajout du flamand aux langues qui peuvent être enseignées dans l’éducation nationale était du domaine du possible
  • Alain Bocquet (PC)– député du Nord, qui a mis à disposition des locaux pour la Maison du Picard et qui a affirmé son soutien appuyé à la reconnaissance du flamand et du picard, expliquant également l’action de son frère, le tout récent sénateur, Eric Bocquet, en faveur du picard
  • Au Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais : Jean Pierre Bataille, Delphine Castelli et Paulo-Serge Lopès

    Et trois conseillers régionaux : Jean Pierre Bataille (UMP), Delphine Castelli (PC) et Paulo-Serge Lopès (Europe Ecologie) ont marqué leur déception au rejet de la motion pour le flamand et le picard mais ont affirmé leur détermination à poursuivre l’action en faveur de la mise en œuvre d’une politique de soutien par la région en partant de ce qui pourrait être un dénominateur commun en faveur de ces deux langues car notre région ne peut demeurer la dernière à ne pas reconnaitre ses langues historiques.

Le mot de la fin revint à Catherine Piécuch, secrétaire régionale de la FSU, qui souligna l’importance de son syndicat dans le monde enseignant et sa place de première organisation. Elle rappela les positions prises par la FSU en faveur des langues régionales.  Elle conclut en précisant au président de l’Institut de la Langue Régionale Flamande que le sujet de l’appui de son syndicat à la reconnaissance et l’enseignement du flamand peut être discuté en congrès si une motion est portée par un enseignant syndiqué à la FSU. Certains d’entre eux étant présents dans la salle, le défi a été relevé et il pourrait y être ajouté la référence au picard et au franco-provençal.

Si la semaine précédente s’était achevée sur une note pessimiste avec le rejet de la motion « langues régionales » par le Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais donnant une image négative de notre région parmi les autres régions de France, la semaine nouvelle débuta sur une note d’espoir accompagnée par les élus et les personnalités présentes qui fit dire à Thierry Delobel, président de la FLAREP : « la Flandre peut prétendre à un enseignement en langue régionale, alors prenez ce droit ! »

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